Les jeunes et l’emploi

Jeudi 23 mars. 11 heures. Mon assistante m’interrompt dans mon travail : - Monsieur le Maire, cinq jeunes manifestants issus du cortège anti-CPE, souhaitent vous rencontrer. J’hésite quelques instants… Au fond, je suis là. C’est une chance ! J’y vais. Installées à ma demande autour de la table de la salle de commissions de l’Hôtel de Ville, cinq jeunes filles de classe de seconde, 16/17 ans : Sarah, Manon, Léa, Marine et Margaux. Pas un garçon ! Je suis surpris ! Courageuses les filles !  - Que puis-je pour vous ?

- On vient voir notre maire, le maire de notre ville pour qu’il nous soutienne contre le C.P.E . Nous parlons. Elles vident leur cœur. Avec des mots qui me semblent si récents dans leur vocabulaire. « combat », « Précarité », « Se faire virer au bout de deux ans », « exploitation »… Elles semblent sincères et inquiètes. Ou rendues inquiètes ?

Je m’interroge sur leur bonne connaissance de l’Economie, des échanges…de la vie. Je leur demande si elles ont déjà une idée de ce qu’elles voudraient faire dans la vie. Monter une boite de nuit. Travailler dans le social. Travailler dans le marketing. Avocates…. C’est déjà bien de parler de l’avenir.

- Il y en a déjà au moins trois d’entre vous qui désirent créer leur entreprise ou travailler à son compte. Avez-vous déjà pensé au chiffre d’affaires que doit garantir le responsable d’une P.M.E., en début de mois, pour être sûr de pouvoir payer les salaires de son ou de ses salariés ? Oui, mais c’est leur choix !

- Mais qu’adviendrait-il si personne ne faisait ce choix de l’entreprise ? Sur quelle richesse pourrions nous bâtir nos politiques publiques ? nos politiques sociales ? Je leur fais part de mon inquiétude de voir la France aussi rigide. De constater l’immense distorsion qu’il y a entre la mesure prise par le gouvernement et la réaction du pays. De l’immense incompréhension des pays voisins, et notamment l’Angleterre, pourtant socialiste, devant l’incapacité des français à assouplir leur droit du travail. Doucement, je leur fais comprendre que je ne partage pas leur « combat ». Et que, plutôt que de ne rien tenter contre la plaie du chômage, nous pourrions, au moins, tenter d’expérimenter quelques temps la mesure qui nous est proposée.

- Vous savez, dis-je, je discute souvent avec des entrepreneurs de Grasse. Ils me disent aujourd’hui ne pas vouloir embaucher car, dans l’état de l’économie actuelle et de la rigidité du droit du travail, ils craignent de trop charger la barque de leur entreprise, et de ne pas y survivre. En revanche, si le recrutement s’avère générateur d’une expansion, qualitative ou quantitative de l’entreprise, il y a fort à parier que l’emploi deviendra durable. Et l’entreprise conservera le salarié…Et en recrutera peut-être un second. Alors, pourquoi ne pas essayer ? Si les effets sont nuls, on arrête ! S’ils sont bons, on garde ! S’ils sont moyens, on cherche à améliorer.

Je sais que j’ai du mal à les convaincre. Et je pense que le dialogue a manqué. Non pas tant avec le politique, mais avec le monde de l’entreprise. Je leur propose -après la crise pour que cela ne soit pas tronqué en terme de lisibilité- d’organiser un débat avec des chefs d’entreprises de Grasse. Il faut essayer de mieux se comprendre…et de mieux comprendre les circuits économiques et leurs équilibres.

Elles trouvent cela sympa, l’idée intéressante et acceptent la proposition que je leur fais. Je note leurs coordonnées et pense déjà à confier cette organisation au Conseil Consultatif de Jeunes qui, avec le Service « Jeunesse » de la Ville de Grasse, fait, du si bon travail en direction des jeunes.

Avant de nous séparer, je leur dis :
- Vous devez être déçues de ma réponse !?
- Non. Vous avez été franc. Et, surtout, vous nous avez écoutés.

Bravo, les filles !

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