Ce projet est-il compatible avec mon souci affirmé de revitaliser le centre ville ?
En matière de développement commercial d’un territoire, il convient de raisonner globalement. Pendant des années, dans un objectif espéré et de bonne foi, de protéger le commerce du centre ville, la ville de Grasse s’est refusée à toute grande surface sur son territoire.
Le résultat de cette politique a été désastreux car toutes les enseignes se sont installées à l’extérieur de la commune. Les consommateurs, ne connaissant pas de frontières en la matière, se sont naturellement et massivement dirigés vers des sites tels que Mandelieu, Cannes ou Antibes, faisant de Grasse une tache blanche sur la carte commerciale du département. Le réflexe « consommateur » des habitants du Pays de Grasse était d’éviter la ville pour faire ses achats. Nos concitoyens devaient parcourir de nombreux kilomètres pour satisfaire leurs besoins commerciaux.

J’ai infléchi cette stratégie il y a 10 ans, en acceptant l’implantation, progressive et mesurée, de sites commerciaux (Décathlon, Auchan, Leclerc et, aujourd’hui, Axe 85). Cette politique a permis d’arrêter l’évasion commerciale considérable qui était la nôtre et de redonner à Grasse l’image d’un « lieu où l’on peut acheter ». Si bien que, n’ayant plus à aller à Antibes ou Mandelieu pour faire leurs achats les plus importants, les consommateurs restent désormais sur le territoire pour y effectuer leurs achats complémentaires.
Je précise que Grasse, capitale du pays, a, elle aussi, le droit de disposer d’une offre commerciale solide et n’a pas à jouer l’humilité et la frilosité en la matière. Le commerce du centre ville ne peut que bénéficier des retombées d’une image commerciale positive globale. C’est d’ailleurs le cas de plus en plus. Il n’y a donc pas antinomie : c’est l’esprit d’ouverture et de concurrence mesurée qui créent le développement et surement pas l’esprit protectionniste et de repli sur soi.
Par ailleurs, cette évolution du tissu commercial grassois génère la création de plusieurs centaines d’emplois pour nos concitoyens et, notamment, les plus jeunes d’entre eux.
Ceci étant, le projet de renouvellement urbain prévoit, au-delà de l’installation progressive de la pépinière commerciale dans le centre historique, la restructuration de tout l’espace Monoprix-Martelly en centre commercial de centre ville destinée à faire émerger, en centre ville, une offre puissante et attractive.
Pourquoi les demandes d’autorisation ont-elles été « saucissonnées » au risque d’apparaître comme une façon d’éviter les enquêtes publiques ?
Ce que vous pensez être un « saucissonnage » malicieux n’est qu’une méthode de prudence.
Mais distinguons bien l’enquête publique portant sur les aspects économiques et sociaux que t demande la CDEC si le projet dépasse les 6 000 m2 de surface commerciale et l’enquête publique dite « loi Bouchardeau » quand la surface à usage de commerce est supérieure à 10 000 m2.
1) En ce qui concerne la première, dans un esprit de précaution et d’analyse, la ville avait émis le souhait de connaître le nom des enseignes avant leur dépôt en CDEC. Ceci afin de mesurer les impacts concurrentiels sur le tissu commercial et d’apprécier la complémentarité avec le commerce existant.
C’est vraisemblablement la raison pour laquelle les enseignes ont été présentées en CDEC au fur et à mesure de leur commercialisation par le promoteur :
- dans un 1er temps – le 15/05/2004 pour 3 090 m2
- dans un 2ème temps – le 24/06/2005 pour 1 114 m2
- dans un 3e temps – le 31/01/2006 pour 1 500 m3
- dans un 4e temps – le 12/03/2006 pour 422 m2
L’ensemble de ces autorisations représentent effectivement une superficie de 6 126 m2. A l’occasion de cette dernière autorisation délivrée par la CDEC, l’enquête n’a pas été demandée par elle, estimant, je pense, que c’était la dernière.
Si le promoteur demande une extension, il devra se soumettre à l’enquête publique qui sera probablement exigée par la CDEC.
2) La deuxième est de la compétence de la ville, lors du permis de construire, quand il prévoit plus de 10 000 m2 de surface à usage de commerces.
Si le projet de permis de construire concernait 10 058 m2 de SHON, une partie cette surface était affectée à des espaces non voués au commerce ( (bureaux, cabinet médical, expert comptable…). Ce qui ramenait le projet à une superficie commerciale inférieure à 10 000 m2 et, donc, ne justifie pas l’enquête dite « Bouchardeau ».
Je précise que ce permis a fait l’objet d’une instruction complète et approfondie dans nos services. Il a été délivré après avis favorable de tous les services communaux consultés, de l’Etat et de l’Architecte des Bâtiments de France. Il n’a pas été l’objet d’un accord tacite comme cela a été dit à tort. Il n’y a donc pas d’ombre à jeter sur l’instruction de ce permis.
On parle de 18 000 m2 à terme. Est ce judicieux ?
Je n’ai jamais été saisi d’une extension de permis au-delà des 10 000 accordés.
Il va de soi que, dans l’esprit de mesure et de sagesse que j’évoquais tout à l’heure, je suis très réservé sur cette idée d’extension.
Le projet prévoit 288 places de parking. Est-ce suffisant ?
Le nombre de places est calculé par l’aménageur en fonction de grilles empiriques liées à la fréquentation présumée. Il n’est pas de son intérêt de sous estimer ce nombre. D’ailleurs l’usage constaté de ces grilles évoque une place pour 40 m2 de surface commerciale non alimentaire.
Quoiqu’il en soit, je ne tolèrerai pas de stationnement complémentaire sur la voie publique adjacente.